Lettre du Pôle N° 02 du 25 mai 2004
Edition du pôle National de Ressources en Éducation à l'Environnement
 
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TROISIEME TABLE RONDE

Troisième table-ronde : La communauté d'apprentissage : une stratégie socio-constructiviste et émancipatrice.

La première intervention de Robert Cadotte, de l'Université du Québec à Montréal, intitulée " Changer le monde avec un groupe d'étudiants ", relate l'histoire d'un travail en projet avec des étudiants remontant à 1976 (qui lui a permis d'être congédié deux fois par l'UQAM). Les présupposés idéologiques de l'équipe enseignante étaient affichés comme projet de transformation sociale (l'école n'est pas neutre, la recherche de valeurs alternatives pacifistes, la revendication des droits collectifs). Il s'agissait de combler les manques des étudiants, d'organiser des séminaires de lecture, des ateliers de culture générale et de mener un gros projet pendant un trimestre et des petits projets par équipes de deux ou trois personnes (comme par exemple la réalisation d'un cahier pédagogique pour adapter l'école primaire à une ville minière)

La seconde intervention de Thérèse Laferrière , de l'Université Laval à Québec, intitulée " La communauté d'apprentissage, un environnement parmi d'autres ? ", explique la mise en réseau d'écoles de petits villages (réseau EER : écoles éloignées en réseau) dans le but de briser l'isolement social et de respecter l'égalité des chances en développant une co-élaboration de connaissances (Ann Brown - 1997). A partir de 1995, les réseaux électroniques ont été le support du travail de ces réseaux d'apprentissage. Trois caractéristiques des communautés d'apprenants : l'attention à l'autre (caring - Noddings), le dialogue (discours oral et écrit), l'entraide (coopération, collaboration). Ces communautés sont interreliées (réseau Iscol : www.iscol.org et réseau Mieux vivre ensemble : www.mve.qc.ca) et élaborent des connaissances par :
- une approche centrée sur les idées plutôt que sur l'enfant, l'élève, l'étudiant
- un processus clé : l'amélioration des idées (aller au-delà des savoirs de la communauté, enseignant inclus ; avoir une problématique commune de compréhension du monde ; faire ensemble ce qui ne pourrait être fait seul)
- une démarche d'analyse : questionner, nuancer, douter, exprimer une opinion, manifester un désaccord, reproduire de l'information, utiliser une référence…

La troisième intervention de Lorraine Savoie-Zajc, de l'université du Québec en Outaouais, intitulée " Soutenir l'émergence des communautés d'apprentissage au sein de communautés de pratique ou les défis de l'accompagnement au changement ", distingue la communauté de pratique des enseignants (un ensemble de règles implicites et explicites sur les pratiques, en lien avec la culture scolaire) et la communauté d'apprentissage (liée à la présence d'un projet). Une recherche-action est engagée avec Marta Anadon et Serge Desgagné dans laquelle les enseignants du secondaire ont la possibilité de s'engager (16 personnes), celle-ci étant vue comme un soutien à l'émergence d'une communauté d'apprentissage. Les défis pointés sont :
- " être en projet " est souvent confondu avec " faire un projet "
- se situer dans un mode d'échange et d'ouverture à l'autre c'est accepter de se questionner, de s'observer et en même temps accepter de recevoir un feed-back menaçant
- être prêt à se remettre en question pour évoluer
Mais c'est aussi :
- la découverte d'une richesse collective (on se côtoie depuis des années sans avoir pris le temps de se parler…)
- un bénéfice certain
Reste que tout le monde ne peut peut-être pas fonctionner comme cela, que ce qui se fait ne se transfère pas automatiquement et que c'est un processus lent
Et, comme le dit Andy Hardgraves, jusqu'où peut-on aller sans devenir une " secte " (point de salut hors de…, mouvements exclusifs)

La quatrième intervention de Ricardo Zuñiga, de l'école de travail social, université de Montréal, intitulée " A la recherche des communautés d'apprentissage : la recherche-action participative ", alerte sur la participation vue comme une incantation et fait un appel à la vigilance pour distinguer une participation mitigée, guidée, qui est fréquente d'une participation radicale et authentique où la communauté est impliquée à toutes les étapes. Différentes questions sont abordées :
- celle de l'égalité et de la hiérarchie : peut-on avoir une participation égalitaire ? Faisant référence à la critique cinglante de Godbout (qui y voit une dérive politique), il pense que les différences réelles de pouvoir doivent être d'abord connues pour s'efforcer ensuite de les surmonter.
- celle du rapport sémantique : recherche-action ou action-research ? lequel mène le bal ?
Un grand pas dans la recherche-action participative est la reconnaissance de la dimension politique de toute action de changement social qu'elle a facilité en l'introduisant dans le discours méthodologique : la politique ne peut pas rester comme le non-dit honteux de l'action sociale.
Un vœu : que nous apprenions à estimer autant les scientifiques (la démonstration) que les politiques (la démocratie).

Le premier répondant, Charles Caouette, du département de psychologie, UQAM, voit la recherche-action comme une façon de trouver avec ceux qui découvrent, avec les artisans qui sont les vrais créateurs : elle est constitutive et constituante mais non reconnue, c'est une recherche " sur le côté ", un peu comme si c'était un loisir. Il voit plutôt l'innovation comme un processus de destruction créatrice et non pas d'accommodation de l'institué en place : innover c'est cesser de vivre des contradictions internes et accepter de vivre des conflits externes, cela oblige à une démarche critique donc nous devenons des gens dangereux et nos recherches sont à cacher (pas seulement face aux institutions mais face aux syndicats, aux associations professionnelles…). L'école est le statu-quo le plus mobile qui soit ! Nous devons nous départir de la culture universitaire et réapprendre à parler comme tout le monde. Il faut " prendre son envol, mais d'abord sortir de la cage ! " c'est-à-dire créer la recherche, en faire partie. Avoir la foi, c'est croire en ce qu'on fait, de ce point de vue, on devient des sectes, des gens qui sont sûrs d'être en recherche.

La seconde répondante, Liliane Dionne, de l'université de Sherbrooke, Québec, a un regard sur les interventions à l'aide de deux lunettes :
- celles de formatrice de maîtres : elle voit alors dans les paroles de M.Cadotte un processus de mise en œuvre d'une pédagogie libertaire, et dans celles de M.Zuñiga les obstacles au partenariat liés aux rapports de pouvoir.
- celles de chercheure : comment créer des éléments d'apprentissage ?
Elle se réfère à la définition d'Argyris et Schön : " Une organisation apprenante se distingue lorsque des membres agissent en tant qu'agents de changement en modifiant les normes de fonctionnement de l'organisation ou en y intégrant des résultats de recherches ". Pour parvenir à la collaboration il est nécessaire de :
- clarifier sa vision personnelle
- développer une vision partagée
- ouvrir un espace de dialogue authentique
- s'ouvrir à une relation de réciprocité d'apprentissage mutuel (Labelle)
Elle cite Taillefer (2004) : " une éducation où l'harmonie sociale, la collaboration et le respect de la nature logeront à l'enseigne du cœur et de l'action "

Le troisième répondant, Alain Dunberry, de l'UQAM, pense que les enseignants sont désappropriés de leurs fonctions (par le ministère, les conseillers pédagogiques, les inspecteurs…) et que la communauté d'apprentissage est un moyen de refaire le processus d'appropriation locale (répondre par exemple à la question : et si on vous la donnait cette école, qu'est-ce que vous feriez pour l'améliorer ?). Un terreau fertile existe, beaucoup de choses existent pour bâtir : les pratiques réflexives, la valorisation de l'environnement, la logique de mobilisation sociale, d'entraide, de formation conscientisante (Freire qui revient), d'empowerment et même au niveau des grandes bureaucraties : les décentralisations, la sollicitation de participation… Mais est-ce que toutes les communautés d'apprentissage sont nécessairement émancipatrices ? Nous devons nous référer aux mises en garde de R. Zuñiga, nous risquons de masquer les carences des Etats, la vigilance s'impose.

Le quatrième répondant, Roger Guillemette, de l'Université du Québec à Chicoutimi, pose deux postulats de départ :
- plus une personne est capable de tirer parti de son expérience, plus elle est capable d'innover
- plus une organisation est capable de tirer parti de son expérience, plus elle est apte à poursuivre son développement et à innover
Il faut faire de l'école une organisation apprenante en mesure d'analyser et d'anticiper le changement. Il s'agit " d'inspirer " et non pas de donner des recettes.
Les caractéristiques sont la curiosité intellectuelle, la collaboration, l'authenticité, la responsabilité, et il y a probablement un lien entre le partenariat et la communauté d'apprentissage : on apprend à devenir partenaire. On parle maintenant de compétences collectives. Quatre compétences sont nécessaires pour une communauté d'apprentissage :
- un savoir élaborer des représentations et les partager
- un savoir communiquer
- un savoir coopérer
- un savoir apprendre collectivement de l'expérience
La communauté d'apprentissage est une stratégie et la meilleure organisation apprenante devrait être l'école. Or si les adultes ne vivent pas la communauté d'apprentissage, il y a peu de chances pour que les jeunes la vivent. Il faut leur " faire goûter " ce que ça peut donner. Nos savoirs peuvent nous enfermer, être notre prison mentale.

DÉBAT GÉNÉRAL

- Nous ne sommes pas seulement entre êtres humains, mais aussi avec le monde : attention aux communautés virtuelles hors du milieu de vie ! Il nous faut poser des questions comme celle de l'émancipation au détriment des systèmes qui nous supportent ou de la finitude des êtres humains sur la terre.
- Il ne faudrait pas standardiser une pratique qui apparaît prometteuse : il est important de l'entendre comme une stratégie cadre, des principes pour éclairer des choix. Ce n'est pas seulement une pertinence d'action mais un mieux-être, la recherche d'une qualité d'être comme personne et d'être collectivement. Mais les intentions sont diverses, les origines sont diverses et nous devons saisir les dérives, garder un regard critique sur les glissements possibles (sectes, marketting…), chercher à déceler son caractère émancipateur (est-ce que la communauté d'apprentissage est axée sur les besoins des personnes, sur le contenu ?)
- Si la communauté d'apprentissage n'est pas une secte elle a quand même besoin d'un gourou ! pour répandre la bonne nouvelle que ça existe : le discours est un peu emprisonné dans la cage de la recherche et des sciences de l'éducation ! Comment faire pour intéresser les gens à ce concept de communauté d'apprentissage.
- Les raisons fondamentales de l'existence de ce concept c'est la mise en dialogue

   
 
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