Yves Girault (Muséum Histoire Naturelle de Paris) retient trois idées
fortes :
- Au niveau épistémologique, un obstacle : nous n'avons pas du tout parlé
d'environnement or nous n'avons pas tous les mêmes représentations (l'environnement
: espace physique, l'environnement : construit social), les mêmes rapports
à la nature (mots-clés : milieu, technique, société). Nous devons nous
poser les problèmes de valeurs et de représentations du monde.
- Au niveau des méthodes et de la participation, des remarques : Schön
a été cité plusieurs fois, un fort courant axé sur la résolution de problèmes,
un engagement politique derrière, la question du rapport savoir/pouvoir
(J.E. Bidou, R. Zuñiga), aussi la question de la cohérence des discours
(Y. Bruxelle). Ces colloques sont-ils vraiment différents des autres
discours ? On a parlé des histoires de vie (S. Desgagné) de la reconstruction
de l'identité, et plutôt d'une recherche de développement des acteurs.
On va vers la reconnaissance épistémologique des acteurs, les savoirs
des acteurs rentrent à l'université, ce sont de nouvelles donnes. Il
est certainement intéressant en ERE de valoriser les problèmes mais pas
l'environnement problème, l'environnement critique sociale. Comment valoriser
ces projets, les généraliser sans les dénaturer (c'est l'importante question
des mallettes pédagogiques)
- Au niveau de la recherche participative : elle peut émanciper les participants,
mais elle demande beaucoup de temps et pose un problème d'argent : Qui
va les financer ?
Diane Pruneau (Université de Moncton, Nouveau Brunswick) retient que
le changement est au cœur de l'ERE, il s'agit de " savoir devenir " pour
développer un " savoir changer " : se changer soi pour changer ce qu'il
y a autour. Cela demande des efforts, c'est difficile : il faut créer
des " communautés de changement ". La pensée critique, réflexive est
essentielle : quelle est la place de la pensée créative dans l'ERE :
il faut des " communautés de création ".
Barbara Bader (Université Laval, Québec) retient des éléments de réflexion,
de liens entre l'éducation aux sciences et l'ERE avec des idées-clés
:
- la technicisation de notre rapport au vivant : risques, incertitudes,
indétermination, les sciences ne répondent plus aux attentes donc des
choses sont à changer dans la façon de faire les sciences
- le contexte environnemental : c'est la représentation des sciences
objectives désincarnées : il faut enseigner les sciences autrement, regarder
de près nos manières de parler. Il s'agit de décoder le pouvoir qu'on
attribue aux sciences dans nos discours, c'est une piste de recherche
intéressante. Quand on dit dialogue des savoirs, ce n'est pas dans le
vide cette idée de déhiérarchiser les savoirs
- attention à ne pas réifier les savoirs, il faut les associer à des
gens qui les portent, à un engagement éthique, sinon on risque un dialogue
de sourds - une position optimiste : les politiciens, les poètes auraient
des choses à dire (Isabelle Stengers est inspirante dans un récent article
sur le développement durable). Les chercheurs doivent faire des recherches
de manière plus solidaire, collégiale, responsable.
- Il y a une diversité de possibles, le chercheur ne doit pas s'enfermer
dans son paradigme, il faut être plus modestes, plus nuancés, plus prudents
: les savoirs sont intéressants mais en lien avec un contexte particulier.
Isabel Orellana (UQAM) identifie les liens entre le thème général du
congrès de l'ACFAS sur le croisement des savoirs et notre souci propre
en ERE. Notre contexte est de plus en plus complexe et change continuellement.
Nous devons donc construire ou reconstruire la trame complexe qui nous
lie à l'environnement, nous questionner sur " c'est quoi l'environnement
" sachant qu'il y a une diversité de représentations (cf. la typologie
de Lucie Sauvé), affirmer que l'environnement est un objet complexe,
pluriel, difficile à saisir. Ce regard complexe remet en question la
pensée objective, morcelée et s'ouvre aux dimensions affective, émotive,
éthique, morale. Le savoir est différent des connaissances, il intègre
les attitudes, les conduites, les valeurs et le savoir-agir. Nous devons
rapprocher ces différents filtres, les mettre en synergie pour un regard
et un agir plus pertinents, un agir ensemble dans des contextes ayant
des spécificités, vers la construction du plus-être pas seulement comme
humain mais collectivement. Si on intègre ce regard complexe, nécessairement
on touche à la dimension politique, on met en question un système de
pensée établi, ce qui implique de déconstruire pour reconstruire. Ce
parcours de l'émancipation a des liens avec l'ERE.
Lucie Sauvé (UQAM) reconnaît que les différents travaux du colloque n'ont
pas forcément été traités en relation avec l'ERE, mais y repère beaucoup
de pertinences et développe un argumentaire pour le croisement des savoirs
:
- un argumentaire épistémologique : comme cela vient d'être fait par
rapport à la complexité du rapport à l'environnement
- un argumentaire éthique : l'environnement objet partagé, politique
- un argumentaire stratégique : nous sommes bien placés pour mettre en
commun nos capacités, nos talents dans un souci d'efficacité
- un argumentaire ontologique : non seulement pour une meilleure compréhension
et une meilleure réussite mais aussi comme creuset de développement des
personnes, des groupes sociaux
Ce qui amène à soutenir la pertinence d'une approche participative à
laquelle contribuent les communautés d'apprentissage. Mais, oui, il pourrait
y avoir quelque chose de naïf dans l'adoption de cette approche (écueils,
leurres, manipulation…)
Pourtant ce sont des approches d'espoir et l'espoir est différent de
la foi, c'est autre chose, c'est une force d'autonomie qui permet de
prendre son espace de liberté. Nous devons construire l'espoir sans naïveté,
c'est une approche à la lucidité.
REMISE DES PRIX
(travaux de recherche en cours : communication par affiches) ·
Prix ADES : Carine Villemagne, UQAM, doctorat en éducation, " L'ERE en
milieu communautaire urbain. Une étude de cas collaborative " ·
Prix de la Chaire de Recherche de l'UQAM :
- 1er prix : Vincent Valentine, UQAM, doctorat en éducation, " Le courant
environnemental en éducation musicale et le programme de formation de
l'école québécoise "
- 2ème prix : Marianne Cormier, Université de Moncton, Nouveau Brunswick,
doctorat en éducation, " Une approche 'langue et sciences' efficace en
ERE "
- Mention : Marie Saint-Arnaud, UQAM, doctorat en sciences de l'environnement,
" Contribution à la définition d'une foresterie amérindienne. Une recherche
participative réalisée en collaboration avec la communauté des Anicinapath
de Kitcisakik "
- Mention : Patrick Charland, UQAM, doctorat en éducation, " Enseignement
interdisciplinaire des sciences et de la technologie au secondaire en
ERE : convergences et divergences " ·
Prix Lucie Samsom-Turcotte (faculté des sciences de l'éducation, Université
Laval, Québec)
- pour son doctorat (2002) : Isabel Orellana, " La communauté d'apprentissage
en ERE : fondements, dynamiques et enjeux ".
- pour sa maîtrise (2001) : Tom Berryman, " Eco-ontogénèse et éducation
: Les relations à l'environnement dans le développement humain et leur
prise en compte en ERE durant la petite enfance, l'enfance et l'adolescence
".
Yannick Bruxelle
21 mai 2004