Lettre du Pôle N° 02 du 25 mai 2004
Edition du pôle National de Ressources en Éducation à l'Environnement
 
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SYNTHÈSE A PLUSIEURS VOIX

Yves Girault (Muséum Histoire Naturelle de Paris) retient trois idées fortes :
- Au niveau épistémologique, un obstacle : nous n'avons pas du tout parlé d'environnement or nous n'avons pas tous les mêmes représentations (l'environnement : espace physique, l'environnement : construit social), les mêmes rapports à la nature (mots-clés : milieu, technique, société). Nous devons nous poser les problèmes de valeurs et de représentations du monde.
- Au niveau des méthodes et de la participation, des remarques : Schön a été cité plusieurs fois, un fort courant axé sur la résolution de problèmes, un engagement politique derrière, la question du rapport savoir/pouvoir (J.E. Bidou, R. Zuñiga), aussi la question de la cohérence des discours (Y. Bruxelle). Ces colloques sont-ils vraiment différents des autres discours ? On a parlé des histoires de vie (S. Desgagné) de la reconstruction de l'identité, et plutôt d'une recherche de développement des acteurs. On va vers la reconnaissance épistémologique des acteurs, les savoirs des acteurs rentrent à l'université, ce sont de nouvelles donnes. Il est certainement intéressant en ERE de valoriser les problèmes mais pas l'environnement problème, l'environnement critique sociale. Comment valoriser ces projets, les généraliser sans les dénaturer (c'est l'importante question des mallettes pédagogiques)
- Au niveau de la recherche participative : elle peut émanciper les participants, mais elle demande beaucoup de temps et pose un problème d'argent : Qui va les financer ?

Diane Pruneau (Université de Moncton, Nouveau Brunswick) retient que le changement est au cœur de l'ERE, il s'agit de " savoir devenir " pour développer un " savoir changer " : se changer soi pour changer ce qu'il y a autour. Cela demande des efforts, c'est difficile : il faut créer des " communautés de changement ". La pensée critique, réflexive est essentielle : quelle est la place de la pensée créative dans l'ERE :
il faut des " communautés de création ".

Barbara Bader (Université Laval, Québec) retient des éléments de réflexion, de liens entre l'éducation aux sciences et l'ERE avec des idées-clés :
- la technicisation de notre rapport au vivant : risques, incertitudes, indétermination, les sciences ne répondent plus aux attentes donc des choses sont à changer dans la façon de faire les sciences
- le contexte environnemental : c'est la représentation des sciences objectives désincarnées : il faut enseigner les sciences autrement, regarder de près nos manières de parler. Il s'agit de décoder le pouvoir qu'on attribue aux sciences dans nos discours, c'est une piste de recherche intéressante. Quand on dit dialogue des savoirs, ce n'est pas dans le vide cette idée de déhiérarchiser les savoirs
- attention à ne pas réifier les savoirs, il faut les associer à des gens qui les portent, à un engagement éthique, sinon on risque un dialogue de sourds - une position optimiste : les politiciens, les poètes auraient des choses à dire (Isabelle Stengers est inspirante dans un récent article sur le développement durable). Les chercheurs doivent faire des recherches de manière plus solidaire, collégiale, responsable.
- Il y a une diversité de possibles, le chercheur ne doit pas s'enfermer dans son paradigme, il faut être plus modestes, plus nuancés, plus prudents : les savoirs sont intéressants mais en lien avec un contexte particulier.

Isabel Orellana (UQAM) identifie les liens entre le thème général du congrès de l'ACFAS sur le croisement des savoirs et notre souci propre en ERE. Notre contexte est de plus en plus complexe et change continuellement. Nous devons donc construire ou reconstruire la trame complexe qui nous lie à l'environnement, nous questionner sur " c'est quoi l'environnement " sachant qu'il y a une diversité de représentations (cf. la typologie de Lucie Sauvé), affirmer que l'environnement est un objet complexe, pluriel, difficile à saisir. Ce regard complexe remet en question la pensée objective, morcelée et s'ouvre aux dimensions affective, émotive, éthique, morale. Le savoir est différent des connaissances, il intègre les attitudes, les conduites, les valeurs et le savoir-agir. Nous devons rapprocher ces différents filtres, les mettre en synergie pour un regard et un agir plus pertinents, un agir ensemble dans des contextes ayant des spécificités, vers la construction du plus-être pas seulement comme humain mais collectivement. Si on intègre ce regard complexe, nécessairement on touche à la dimension politique, on met en question un système de pensée établi, ce qui implique de déconstruire pour reconstruire. Ce parcours de l'émancipation a des liens avec l'ERE.

Lucie Sauvé (UQAM) reconnaît que les différents travaux du colloque n'ont pas forcément été traités en relation avec l'ERE, mais y repère beaucoup de pertinences et développe un argumentaire pour le croisement des savoirs :
- un argumentaire épistémologique : comme cela vient d'être fait par rapport à la complexité du rapport à l'environnement
- un argumentaire éthique : l'environnement objet partagé, politique - un argumentaire stratégique : nous sommes bien placés pour mettre en commun nos capacités, nos talents dans un souci d'efficacité
- un argumentaire ontologique : non seulement pour une meilleure compréhension et une meilleure réussite mais aussi comme creuset de développement des personnes, des groupes sociaux
Ce qui amène à soutenir la pertinence d'une approche participative à laquelle contribuent les communautés d'apprentissage. Mais, oui, il pourrait y avoir quelque chose de naïf dans l'adoption de cette approche (écueils, leurres, manipulation…)
Pourtant ce sont des approches d'espoir et l'espoir est différent de la foi, c'est autre chose, c'est une force d'autonomie qui permet de prendre son espace de liberté. Nous devons construire l'espoir sans naïveté, c'est une approche à la lucidité.

REMISE DES PRIX
(travaux de recherche en cours : communication par affiches) ·

Prix ADES : Carine Villemagne, UQAM, doctorat en éducation, " L'ERE en milieu communautaire urbain. Une étude de cas collaborative " ·
Prix de la Chaire de Recherche de l'UQAM :
- 1er prix : Vincent Valentine, UQAM, doctorat en éducation, " Le courant environnemental en éducation musicale et le programme de formation de l'école québécoise "
- 2ème prix : Marianne Cormier, Université de Moncton, Nouveau Brunswick, doctorat en éducation, " Une approche 'langue et sciences' efficace en ERE "
- Mention : Marie Saint-Arnaud, UQAM, doctorat en sciences de l'environnement, " Contribution à la définition d'une foresterie amérindienne. Une recherche participative réalisée en collaboration avec la communauté des Anicinapath de Kitcisakik "
- Mention : Patrick Charland, UQAM, doctorat en éducation, " Enseignement interdisciplinaire des sciences et de la technologie au secondaire en ERE : convergences et divergences " ·
Prix Lucie Samsom-Turcotte (faculté des sciences de l'éducation, Université Laval, Québec)
- pour son doctorat (2002) : Isabel Orellana, " La communauté d'apprentissage en ERE : fondements, dynamiques et enjeux ".
- pour sa maîtrise (2001) : Tom Berryman, " Eco-ontogénèse et éducation : Les relations à l'environnement dans le développement humain et leur prise en compte en ERE durant la petite enfance, l'enfance et l'adolescence ".


Yannick Bruxelle
21 mai 2004

   
 
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